En juin 1838, Baudelaire a 17 ans, il écrit à sa mère : "Je sens venir la vie avec encore plus de peur. Toutes les connaissances qu'il faudra acquérir, tout le mouvement qu'il faudra se donner pour trouver une place vide au milieu du monde, tout cela m'effraie. Enfin je suis fait pour vivre, je ferai de mon mieux ; il me semble ensuite que dans cette science qu'il faut acquérir...
Les rapports de la psychiatrie naissante avec les artistes du XIXe siècle ont été au centre d’un livre de Laure Murat paru il y a quelques années et consacré à La Maison du Dr Blanche, histoire d’un asile et de ses pensionnaires, de Nerval à Maupassant. Dans cette lignée, l’ouvrage de F. Daviet-Noual est une enquête documentée qui vise à décrire l’itinéraire d’un homme de médecine qui a fait de l’hydrothérapie sa spécialité avant de recueillir Baudelaire à son retour de Belgique dans son établissement. La première partie du livre identifie avec précision le Dr G-E. Duval, souvent confondu avec d’autres praticiens, y compris par des spécialistes de la biographie baudelairienne. Ses dates et son parcours sont établis avec rigueur et ses contributions à la presse médicale analysées en détail...
Issues pour l'essentiel d'un dialogue entre chercheurs japonais et européens mené lors de la journée Baudelaire le 27 mai 2003 à Tokyo, ces études sont consacrées à l'usage personnel du tombeau poétique chez Baudelaire, au poème en prose et à son statut par rapport au poème en vers, et aux thèmes de l'ivresse, du rire, de l'imagination ou du nombre. Baudelaire est le premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu », disait Rimbaud, avec cette réserve : « Encore a-t-il vécu dans un milieu trop artiste ; et la forme si vantée en lui est mesquine : les inventions d'inconnu réclament des formes nouvelles. » Or, point d'aboutissement de toute une tradition de la poésie lyrique depuis la Renaissance, Baudelaire n'en est pas moins un rénovateur subversif de cette tradition. Il a bien recherché, au sein même de la poésie en vers comme à travers l'élaboration du poème en prose, des « formes nouvelles ».
Avec l’adjonction d’une série inédite, « Tableaux parisiens », la deuxième édition des "Fleurs du Mal" consacrait pour près d’un siècle et demi de critique la modernité de Baudelaire. Dans son dernier ouvrage, "Baudelaire antique et moderne", Pierre Brunel a souhaité nuancer ce qui s’est imposé comme un lieu commun par trop réducteur : il montre comment le poète avait médité son recueil de 1857 comme un « hommage profond » rendu par les « muses tardives » du XIXe siècle aux beautés millénaires de l’âge grec. Baudelaire avait en effet entrepris de ressusciter les grâces de la culture classique, non point en les conservant comme les dépôts surannés des temps anciens mais bien en modifiant leurs formes alors revivifiées, littérale métamorphose qui constitue « le possible de la poésie moderne», voire une définition de la poésie elle-même. Pierre Brunel montre combien l’art de Baudelaire repose sur une tension entre l’immersion dans l’extrême modernité et la nostalgie de l’Antique, équilibre savamment préservé entre l’actualité vivante d’un dialogue – hypothétique ou avéré – avec ses contemporains et le souvenir des grands auteurs grecs, latins et médiévaux...
"Les Fleurs du Mal" prouvent que, grâce à des œuvres exceptionnelles, l’histoire littéraire est parfois faite d’inventions effectives, concrètes, explicables dans les termes de l’art. Baudelaire est en effet le premier écrivain français à avoir su figer et contracter dans la forme poétique l’écoulement informe du discours : tous les poètes modernes qui, depuis, cherchent à concentrer l’émotion et l’imagination doivent l’essentiel à cette invention des "Fleurs du Mal", qui a radicalement changé le faire poétique. Or, de cette invention inaugurale des temps modernes, Baudelaire a dévoilé lui-même le secret : il tient tout entier dans une esthétique du rire, simultanément surnaturaliste et ironique, qui permet d’unifier dans un même acte artistique les forces contraires de la « vaporisation » et de la « centralisation »...
"Lettres inédites aux siens", de Charles Baudelaire : Baudelaire adolescent
En juin 1838, Baudelaire a 17 ans, il écrit à sa mère : "Je sens venir la vie avec encore plus de peur. Toutes les connaissances qu'il faudra acquérir, tout le mouvement qu'il faudra se donner pour trouver une place vide au milieu du monde, tout cela m'effraie. Enfin je suis fait pour vivre, je ferai de mon mieux ; il me semble ensuite que dans cette science qu'il faut acquérir......